Etudes, commentaires et témoignages

Bibliographies de Casanova

​On ne peut pas parler de la production littéraire de Casanova sans parler des deux chercheurs qui ont établi les premières bibliographies.
Joseph Pollio rédigeat la première bibliographie à partir du travail de Bernhard Marr qui catalogua les manuscrits de Casanova conservés à Dux.
Ce fut ensuite Rives Childs qui fit paraître la deuxième bibliographie reprise et augmentée dans les éditions suivante des mémoires.
Bibliographie complète dans le volume 3 de l'édition Bouquins de 1999 Page 1239.​
Marco Leeflang compléta cette bibliographie en 2003.

Bréviaire de Casanova

Pensées plus ou moins profondes de Casanova collationnées par madame Fulpius-Gavard avec une préface de Pierre Grellet l'auteur de Casanova en Suisse.
Quelques exemples :
- Pour être athée, il n'est pas besoin de science; il n'est donc pas difficile qu'un étourdit s'applique à le devenir.
- Un homme amoureux ne connait de véritable plaisir que celui qu'il procure à l'être aimé.
- La femme qui, par le peu qu'elle montre, parvient à inspirer de la curiosité à un homme, a fait les trois quarts du chemin pour le rendre amoureux, car l'amour est-il autre chose qu'une curiosité ? Je ne le crois pas et, ce qui le prouve, c'est que l'amour s'éteint dès que la curiosité est satisfaite?
​- Etre bête, c'est avoir le privilège de ne jamais éprouver de l'ennui.
On trouvera, dans la rubrique des Casanovistes un article rendant un bel hommage à madame Fulpius-Gavard. Article signé de Furio Lucchichenti et Helmut Watzlawick.

Docteur Guede

Le docteur Guede fait partie de la première génération de chercheurs ayant traqué le texte de Casanova.
On lui doit l'édition de l'ouvrage de Casanova "A Leonards Snetlage" à partir du manuscrit que lui a confié le mathématicien Charles Henry.
Il fut moins inspiré dans ses conclusions sur la fuite des prisons de Venise en affirmant que c'est avec l'aide de Bragadin que Casanova réussit sa fuite.

Giacomo Casanova und sein Lebensroman - Gustav Gugitz

Gugitz (1874-1964) fut un chercheur historien de la culture qui consacra beaucoup de temps à valider ou infirmer les dires de Casanova.
Son livre n'a pas été traduit en français.
​On y trouve une photo du bureau de Casanova et une carricature que Gugitz attribue à Casanova mais non confirmée.

Charles Samaran - Jacques Casanova Vénitien

​Charles Samaran fut un grand casanoviste et la rigueur de ses recherches et analyses est incontestable.
Les documents d'archive retrouvés par Samaran  permirent de valider une bonne partie des récits de Casanova pour la partie de sa vie en France.

Charles Samaran- Jacques Casanova - une vie d'aventure au XVIIIe

​Dans ces deux ouvrages Charles Samaran reprend et complète ses recherches du volume précédent en élargissant le point de vue à l'Europe.

Charles Samaran - Casanova - Histoire de ma fuite des prisons

​A l'inverse de Gugitz Samaran  défend la réalité de cette fuite ce que des recherches ultérieures viendront confirmer.

Joseph Legras

Joseph Legras a consacré plusieurs ouvrages à Casanova dans les années 20 :
- L'extravagante personnalité de Jacques Casanova - Bernard Grasset -1922
- Les grandes vies aventureuses - Casanova - Jacques Legras et Raoul Vèze
- Le véritable Casanova

Casanova et son temps

​par Edouard Maynial Mercure de France -1910
Un des premiers livre de commentaires sur l'oeuvre de Casanova
Il a été suivi de :
​Casanova après les Mémoires en collaboration avec Raoul Vèze

Casanova après les mémoires

L'Histoire de ma vie" s'arrête en 1774. Edouard Maynial et Raoul Vèze ont essayé et réussi, d'après les documents laissés par Casanova, de retracer ses dernières années d'errance à travers l'Europe puis comme bibliothécaire à Dux. Ce livre est le seul qui nous donne une idée de ce qu'était la vie de Casanova à Dux. Ses relations épistolaires avec la mère du comte de Waldstein, ses démèlés avec le personnel. On découvre la personnalité du comte de Wadstein et les nombreuses relations qui permettent à Casanova d'avoir une vie sociale encore très riche.

J. Rives Childs

​Le Casanova de Rives Childs est incontournable.
Rives Childs est un diplomate américain qui se passionna pour Casanova et qui réunit les casanovistes de l'époque pour faire paraître les résultats de leurs recherches dans la revue Casanova Gleanings.
​La traduction française est de Francis-L Mars

François Roustang - Le bal masqué de Giacomo Casanova

​Une analyse pertinente des ressorts cachés de Casanova. A mon sens Le livre le plus intéressant à lire pour comprendre la psychologie de Casanova.

Casanova un voyage libertin - Chantal Thomas

Des analyses souvent pertinentes du mode de fonctionnement de Casanova

Casanova ou l'exercice du bonheur - Lydia Flem

Un autre regard non dénué d'intérêt sur les mémoires de Casanova.

Casanova, l'homme qui aimait vraiment les femmes - Lydia Flem

Entre Casanova et nous, il y a deux siècles de malentendu. On le croyait un Don Juan de salon, il est l’ami des femmes et l’un des plus grands écrivains du XVIIIe siècle.
Le Vénitien se jette dans l’existence sans rien vouloir en retour, sinon la plus scandaleuse des récompenses : le plaisir. Pour les femmes, Casanova est un homme disponible. Généreux, il ne connaît la volupté que lorsqu’elle est partagée.
À la fin de son existence, exilé dans un château de Bohême, cet amoureux de la langue française écrit treize heures par jour l’Histoire de ma vie. Pour Casanova, le vrai bonheur est alors dans la mémoire du temps retrouvé.
Lydia Flem célèbre l’insolent héritage de Giacomo Casanova : au-delà du plaisir il y a encore du bonheur.

Pierre Grellet - Les aventures de Casanova en Suisse

​Le livre qu'a conscré Pierre Grellet à Casanova est rempli de précisions vérifiées sur la présence de Casanova en Suisse.

Philippe Monnier -Venise au XVIIIe siècle

​Philippe Monnier consacre un long chapitre à Casanova dans un style éblouissant. A lire absolument.

Les agents secrets de Venise au XVIIIe siècle

​Ce livre de Giovanni Comisso confirme le rôle d'espion qu'a joué Casanova au pire moment de savie

Un air de liberté - Chantal THOMAS

Ces Variations sur l’esprit du XVIIIIe siècle sont des variations sur un esprit rebelle et vagabond, fantaisiste, attaché à la jouissance singulière, au refus de tout comportement de groupe. Un esprit révolutionnaire ? Libertin et libertaire plutôt, comme va le révéler la rencontre avec les événements de 1789 et surtout avec la Terreur.

Casanova fin de siècle Actes du colloque international (Grenoble, 8, 9, 10 octobre 1998)

 Par Marie-Françoise Luna
​Le bicentenaire de la mort de J. Casanova a donné aux casanovistes l'occasion, lors d'un colloque à l'Université Stendhal de Grenoble du 8 au 10 octobre 1998, de faire le point des récentes recherches sur l'ensemble de son œuvre, notamment celle, publiée ou inédite, des treize dernières années de sa vie; l'activité sociale, mais surtout intellectuelle et littéraire particulièrement féconde de cette période, éclaire en effet l'"homme de lettres" passionné que fut Casanova. Elle permet ainsi de mieux comprendre que la réussite de ses fameux mémoires n'est pas un produit miraculeux du hasard, mais le fruit d'un longue pratique de lecture et d'écriture, qui replace cette grande œuvre dans une véritable carrière d'écrivain.

Casanova mémorialiste

Le dernier ouvrage de Marie-Françoise Luna sur Casanova :
​Rédigée dans les années 1790, l'histoire de ma vie de Jacques Casanova de Seingalt s'est trouvée victime d'une publication posthume au XIXe siècle, en pleine réaction puritaine; édite des l'origine en adaptations (sous le titre "mémoires de j. Casanova"), le texte français original n'a été publié que deux fois, en 1960-1962 (ed. Brockhaus-Plon) et en 1993 (R. Laffont). Ces handicaps ont gravement nui à l'image de Casanova, empêchant cette œuvre exceptionnelle qu'est l'histoire de ma vie d'être appréciée à sa juste valeur. Après avoir présenté l'histoire du manuscrit (près de 4000 pages) et de sa rédaction, cette étude explore d'abord les principaux aspects autobiographiques de l'œuvre (son projet, ses rapports avec d'autres mémoires et notamment les confessions de J.J. Rousseau, la fameuse question de la véridicité, le problème de la mémoire, les figures du narrateur et du lecteur). Elle tente de prendre la mesure du mythe personnel de Casanova, en montrant le parti que choisit l'auteur de présenter sa vie comme un égarement joyeux, impénitent, et en considérant les ambivalences qui mêlent en lui le mage au philosophe des lumières, le libertin au moraliste. Le tableau extraordinairement vivant que brosse le mémorialiste de l'Europe de son temps est examiné à travers sa pratique et sa philosophie du voyage, ainsi que sa passion pour la presse et l'histoire. Sont évoqués enfin les aspects dramatiques et romanesques de l'écriture de Casanova, nourrie d'expérience théâtrale, de lectures de romans et surtout de son admiration pour l'Orlando Furioso. Replacée à l'intérieur du vaste ensemble de son œuvre (publiée ou manuscrite), située par rapport à celles de ses contemporains et de ses modèles préférés (Voltaire, Horace, l'Arioste), l'histoire de ma vie laisse ainsi approcher les mystères d'une pensée paradoxale et la magie d'une écriture insolite, à cheval sur les cultures italienne et française, comme sur la tradition humaniste et l'esprit des lumières.

Voyage de Casanova par Jean-Claude Hauc

Voyage de Casanova à travers la Catalogne, le Roussilon et le Languedoc.
​Les presses du Languedoc - 2006.

Aventuriers et libertins au siècle des Lumières
Jean-Claude Hauc

​Une gallerie fort bien documentées des confrères et conseurs de Casanova.

Casanova l'admirable - Philippe Sollers

Mai 2017 : acheté, parcouru, des remarques pertinentes. Le mieux est de lire ce qu'en dit Philippe Sollers lui-même là:

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Autobiographie ou roman d"aventure ?
une étude d'Heloïse Karlsson

Ce mémoire analyse le texte original de Casanova comparé à celui qu'en a donné Jean Laforgues. Cliquer pour télécharger le texte

Album Pléiade 2015 - Casanova

Ecrit par Michel Delon

Une promenade à Paris avec Giacomo Casanova de Stefano Feroci et Dominique Vibrac

Promenade dans Paris sur les traces de Casanova avec des plans, des photos et l'histoire des lieux fréquentés par Casanova.
C'est intéressants, plaisant à lire sans être redondant avec les mémoires de Casanova
 

Le temps donné au plaisir
N'est jamais un temps perdu.
CASANOVA

Introduction
 
Beaucoup de livres ont déjà été écrits aussi bien sur l'histoire de Paris que sur celle de Giacomo Casanova. La ville des plaisirs et l'aventurier. Mais il nous semble de premier intérêt de présenter de façon concrète la passion du Vénitien pour Paris en incitant le lecteur à une découverte non seulement livresque, mais vécue, en quelque sorte expérimentale, au fil de promenades agréables et instructives dans Paris. Pour nos lecteurs, nous rappelons que Casanova a séjourné a Paris au moins sept fois depuis sa première arrivée dans la Ville-Lumière en 1750, alors qu'il n'a que 25 ans, jusqu'au dernier jour de sa vie parisienne en 1783. Un dernier séjour, au cours duquel il rencontre notamment Benjamin Franklin, ce qui n'est pas raconté dans ses mémoires, "Histoire de ma vie". Par la suite, vieillissant, Casanova trouve une dernière retraite dans le château de Dux, où il se consacre à l'écriture, en français, de ses mémoires. Il y achève sa vie, regrettant toujours le Paris de sa jeunesse, et donc aussi sa jeunesse. Il faut dire que la Révolution Française a fait s'évanouir une sorte de Belle Époque avant la lettre. Sans doute, c'est à Venise que Giacomo découvre sa personnalité, mais c'est à Paris que cette personnalité peut fleurir et porter beaucoup de fruits, à commencer par celui
de la notoriété. C'est aussi à Paris que Casanova devient riche et consolide son réseau de connaissances qui lui permet de voyager et de marquer de son empreinte la plupart des capitales européennes de l'époque. Il nous a plu d'écrire ce petit “divertissement” afin de parcourir avec Casanova lui-même les aventures qu'il vécut à Paris, en redécouvrant des lieux fascinants et souvent oubliés. Bien entendu, nous voulons ainsi divertir le lecteur, en mettant en scène des personnages et des situations pittoresques. Mais nous désirons également le plonger en quelque sorte dans un beau rêve historique en lui faisant ressentir ce que Casanova lui-même a vécu, en le faisant marcher dans les mêmes rues, en lui faisant admirer les mêmes édifices et peut-être en lui faisant partager les mêmes passions et les mêmes plaisirs. Enfin, osons formuler à notre cher lecteur un seul souhait qui les résume tous, et qui est en fait une recommandation empruntée à Casanova lui-même: ”Dépêchez-vous de succomber à la tentation avant qu'elle ne s'éloigne”.
 
Stefano Feroci et Dominique Vibrac

Casanova en Toscane Par Stefano Feroci


De Saint-Pétersbourg à Madrid, de Londres à Constantinople, Giacomo Casanova parcouru toute l'Europe en séjournant bien quatre fois en Toscane. Quatre séjours et trois expulsions : d'une fausse lettre d'échange à un scandale de jeu qui fit époque, les voyages de Giacomo Casanova dans le granducato ne passèrent pas inaperçus. à travers des approfondi recherches d'archives et la découverte de nouveaux documents d'archive, ce livre nous fait revivre les aventures d'amour, je joue et esprit du cavalier vénitien dans la Toscane de Lorena, et dans la Florence granducale : alors une des vraies capitales européennes de la culture et important centre du Franc-maçonnerie.

Casanova à Milan par Stefano Feroci

Dans ce volume on a rassemblé avec des documents d'archive et la correspondance de l'époque quelques inédits sur le séjour de Casanova à Milan et aux alentours de février 1763. Une des périodes plus heureuses dans l'histoire du grand aventurier. A travers la « lecture » de ces événements et guidés par sa plume de libertin, mais aussi d'homme cultivé et raffiné, nous découvrirons le Milan du XVIIIe siècle : le Milan du « Giovin Signore », dans l'embryon duquel nous pouvons entrevoir le Milan industriel et la décadence de la noblesse ancienne, superficielle et toujours plus pauvre, qui sera supplantée par une nouvelle classe adonnée au commerce et à la culture.1763 est un année importante dans la vie de Casanova, qui alors avait trent huit ans, peut-être l'âge du début de son déclin. Il écrit en effet, dans ses « Mémoires : “dans ce fatal jour du septembre 1763, je finis de vivre et commençais à mourir”. Toute une autre musique, par contre, dès le début de février à la fin de Mars 1763, lorsque, pendant le carnaval ambrosien, il passe une des plus heureuses périodes de sa vie. Et il ne pouvait pas en être autrement, parce que le Milan du « Giovin Signore » semblait créé pour le Vénitien. Après l’arrivée des autrichiens, aux sévères coutumes espagnoles étaient apparues de nouvelles règles sociables  entre dames pleines d'entrain et galants cavaliers, parmi des poètes arcadien et cérémonieux abbés. Toutes les familles nobles  s’adonnaient la vie mondaine  en organisant des grandioses réceptions dans lesquelles ils excellaient . On y trouvait les « Belgioioso, Borromeo, Melzo, Litta, Serbelloni, Calderara. Les poètes du temps décrivaient les somptueuses villas patriciennes construites dans les alentours de Milan, pendant que Goldoni écrivait les « Agitations de la Villégiature ». On jouait aux jeux de hasard et on flirtait pendant qu'on alternait des concerts, des bals masqués ou des parties de chasse ; les divertissements du carnaval étaient populaires et la musique, la comédie avaient leur temple dans le théatre Ducal, où on représentait les oeuvres de Metastasio et de Goldoni.



Theresa Bellino par Stefano Feroci et Furio Luccichenti

Concernant Théresa Bellino l’ hypothèse acceptable à laquelle nous sommes parvenus avec les autres illustres casanovistes, c’est que Teresa-Bellino n’est rien de plus qu’une construction littéraire d’un personnage.
Un certain nombre de chanteurs très connus par l’aventurier ont certainement contribué à créer le personnage de Teresa-Bellino. Au cours de ses voyages en Europe et qui ont été décrits dans l’Histoire de ma vie. Ceux qui ont influencé Casanova sont peut-être Vittoria Tesi, Caterina Gabrielli, Livia Segantini, Teresa et Angela Iori Sartori et, surtout, Angela Cabrera et Artemisia Landi. Cette dernière non seulement pour la famille, mais quelques opportunités, coïncidences décisives des dates et des lieux.
Il nous semble que cette hypothèse est la plus cohérente avec les
documents historiques et d’archivage retrouvés qui font table rase de nombreux essais publiés à ce jour, basés sur des suppositions, de lectures superficielles en torturant les textes. Enfin, à l’appui de cette hypothèse, nous sommes réconfortés par ce qui Benedetto Croce de Teresa-Bellino. « Mais je soupçonne que, cette fois-ci, Casanova a rassemblé un ensemble de caractères et d’aventures ou au moins a modifié tous les détails pour les rendre méconnaissables. »
Et quand Benedetto Croce le dit nous devons le croire !

​Ou trouver les ouvrages de Stefano Feroci

Miscellanées casanoviennes de Jean-Claude Hauc

Miscellanées casanoviennes n’est pas une énième biographie ou un nouvel essai sur Casanova prenant rang à la suite de tous ceux qui ont fleuri depuis le bicentenaire de la mort du Vénitien en 1998. Il s’agit plutôt d’un patchwork de textes – articles, travaux de recherche casanoviste, interventions dans des catalogues, conférences moins spécialisées – qui constitue un portrait littéraire à entrées multiples. Ces formes hétérogènes suscitent des registres de langue et des modes narratifs des plus variés. Une telle composition ne saurait bien sûr respecter complètement la chronologie de l’existence de Casanova, mais s’autorise des redites et des oublis, propose du « travail de réinvention du passé » à l’oeuvre dans l’Histoire de ma vie une approche moins lisse et respectueuse que celle à laquelle nous ont habitué les thuriféraires  de l’aventurier libertin. Mensonges et inventions sont ainsi pris en compte, sans jugement ni anathème, les Mémoires étant considérés aujourd’hui par la plupart de ses lecteurs et commentateurs comme un grand texte littéraire à travers les pages duquel copulent savamment fable et vérité. À ce titre, Casanova déclarait fièrement : « J’ai écrit mon histoire, et personne ne peut y trouver à redire ».Acheter le livre ici :
Hippocampe Editions

Comme la vie est facile !

Le dernier livre consacré à Casanova. Par Alain Jaubert.

Acheter le livre ici : ​librairie Gallimard

06/05/2018 Ceci n'est pas un viol

Une anlyse pertinente d'un passage scabreux des mémoires de Casanova par Maxime Triquenaux : ​cliquer pour télécharger le texte

Article paru dans Marianne le 24 mars 2013

   Maxime Rovere
​  C'est la redécouverte d'un des plus grands écrivains des Lumières. Grâce au rachat par la BNF du manuscrit autographe d'"Histoire de ma vie", c'est le texte dans son intégrité qui est mis à la disposition des lecteurs : inventif, noble et audacieux.Les opportunités qui s'offrent à un individu dépendent étroitement du lieu où il vit ; qui aurait cru que cela valait aussi après la mort ? Depuis que Casanova est à Paris, autrement dit depuis l'achat par la Bibliothèque nationale de France du manuscrit autographe d'Histoire de ma vie, son chef-d'œuvre, tout a changé pour le Vénitien. Est-ce le prix payé pour ces 3 682 pages (7,25 millions d'euros) qui leur confère de la valeur ? Est-ce qu'en gardant l'anonymat le généreux mécène qui a signé le chèque est parvenu à épaissir encore le mystère entourant Giacomo Casanova (1725-1798), comédien, franc-maçon, alchimiste, espion et charlatan ? Il y a plus. Dans une époque tourmentée par les rapports entre le sexe et le pouvoir,   Casanova, qui réinvente l'un pour mieux rire de l'autre, revient en grâce. Après avoir été malmené pendant deux siècles - son texte censuré et remanié par les éditeurs, sa mémoire accaparée par les athlètes du sexe et les machistes en tout genre -, l'écrivain connaît depuis 2010 l'un des revers de fortune qui font le sel de son histoire. Lui qui, de son vivant, n'a cessé de faire le Yo-Yo à travers la société du XVIIIe siècle, le voici de nouveau sur une pente ascendante. Contrastes saisissants : alors que la famille Brockhaus, ayant acquis le manuscrit en 1821 pour 200 thalers, l'avait depuis ce temps jalousement gardé par-devers elle - «Même les dieux luttent en vain contre les Brockhaus !» enrageait Stefan Zweig -, il n'a fallu que quelques mois aux équipes de la BNF, emmenées par l'excellente Marie-Laure Prévost, pour mettre les feuillets intégralement en ligne sur gallica.bnf.fr, à la disposition du public. Un an plus tard, l'exposition «Casanova, la passion de la liberté», organisée dans la grande galerie du site François-Mitterrand, présentait la figure d'un écrivain dont la vie résumait le siècle, et dont la plume magnifiait le français. Pendant ce temps, deux équipes de chercheurs, les uns pour Gallimard derrière Gérard Lahouati, les autres pour Robert Laffont avec Jean-Christophe Igalens, travaillaient d'arrache-pied pour proposer une édition sérieuse du texte. Et avec quelle fébrilité ! Il s'agissait de réparer des décennies d'approximations, car le devenir d'Histoire de ma vie mettait à nu un singulier manque de rigueur. Depuis les années 60, Gallimard diffusait en Pléiade une édition que l'on savait scandaleusement fautive ; quant à la collection «Bouquins» de Robert Laffont, elle proposait depuis 1993 un texte très honnête, mais comportait encore de nombreuses erreurs et une organisation en chapitres étrangère à l'auteur. Enfin, les deux équipes touchent au but en même temps. Voici que deux éditions concurrentes des trois premiers tomes de cette œuvre singulière - «Un tiers m'a fait rire, un tiers m'a fait bander, un tiers m'a fait penser», disait le prince de Ligne - déboulent simultanément en librairies, toutes les deux conçues sur le même principe : le texte, tout le texte et tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le texte. Pourquoi lire ces éditions corrigées d'un philosophe incorrigible ? Parce qu'il fait bouger presque toutes nos frontières mentales. Casanova nous parle depuis un âge qui précède l'avènement du consumérisme bourgeois auquel nous désespérons d'échapper, mais aussi depuis une forme d'individualisme dont seuls avant nous les aventuriers de son siècle avaient fait l'expérience. Sa voix nous parvient de l'extérieur de la forteresse dans laquelle nous sommes pris et invite à solder l'héritage des deux siècles qui nous séparent de lui. Casanova écrit comme il aime parler, c'est-à-dire en français. Pourtant, ce français-là est une drôle de langue : le Vénitien, qui n'a appris que sur le tard à parler comme Voltaire, improvise des raccourcis surprenants. Chez lui, on peut méditer à toutes les raisons «excogitables» qui expliquent les «combinaisons» de la vie - dont nous restons toujours les «apprentifs», même si c'est «à nous à faire les frais». Cette manière d'écrire interroge directement ce que nous considérons comme la correction de la langue. L'école de la République, dans l'idéal hérité de Jules Ferry, ne peut évidemment pas renoncer à inculquer à nos chères têtes blondes les bases du bien-parler. Mais l'exigence de règles communes doit-elle interdire toute appropriation ? L'exclure comme incorrection ? La condamner comme invasion ? Casanova démontre le contraire. Il maîtrise le français comme un étranger fier de ses racines et qui ne rougit pas de lui imposer sa marque. «La langue française, écrit-il, est la sœur bien-aimée de la mienne ; je l'habille souvent à l'italienne ; je la regarde, elle me semble plus jolie, elle me plaît davantage, et je me trouve content.» Il suffit de le lire pour s'apercevoir que la langue y gagne : une jeune fille est «saine comme un poisson», un homme en colère y parle «hors de ses dents». La plupart des italianismes se comprennent sans traduction et ajoutent le charme de la surprise et parfois de l'énigme à l'humour naturel du Vénitien. Certes, son orthographe est un peu vacillante (un «païsan» même «yvre» peut se trouver «ambarrassé» qu'on lui serve un «caffé»...). Mais, dans les «méandres syntaxiques et [les] ruptures de construction» que relève Jean-Christophe Igalens, le lecteur se trouve d'autant plus près de l'auteur qu'il est dépaysé. «En grâce de ces cochonneries, confesse le Vénitien à propos de cuisine, je suis assez effronté pour me croire plus heureux qu'un autre.» Comment ne pas reconnaître que ces variations enrichissent l'expression littéraire ? «Les italianismes, conclut Igalens, étant pensés comme des fautes de langue, on les relevait [jusqu'à présent] pour blâmer le Vénitien [...]. Il semblait impensable de les reconnaître comme un fait de style.» Casanova, chantre d'une nouvelle francophonie où la langue s'invente en s'écrivant. Et le sexe, dans tout ça ? A bien y regarder, les écarts de langue annoncent ce que Gérard Lahouati appelle le «sens de l'inconvenance» propre à Casanova. C'est ici sans doute que le Vénitien déjoue nos catégories. La situation qui accablait Edith Wharton - «La moitié des idiots sont avides d'obscénité, pendant que l'autre moitié continue à mettre des pantalons aux jambes des pianos», déplore l'Américaine dans une lettre à Minnie Jones - est étrangère à Casanova. L'alternative entre la pudibonderie et l'exhibition l'indiffère ; à la place, il propose un jeu littéraire dont l'enjeu est d'atteindre la plus grande complicité possible avec son lecteur ou sa lectrice. C'est là peut-être qu'il est le plus philosophe : il incarne ce que Michel Foucault désignait chez Socrate comme «le courage de la vérité» - une certaine manière de viser sans relâche la cohérence entre ses sensations, ses pensées et ses paroles. Parce qu'il s'effectue au cœur d'une construction littéraire, le projet de Casanova intègre aussi à sa propre affirmation celles et ceux qui le lisent. Il opère magiquement le partage de l'intime. Si donc la vie de Casanova vous intéresse, tant mieux ; si elle ne vous intéresse pas, tant mieux aussi, car il ne s'agit pas des mémoires d'un people. L'homme qui compose ses souvenirs n'est qu'un anonyme qui tâche de «se rassembler» par son art du récit. Il y a du théâtre dans son évasion des Plombs ou dans son séjour à Paris, il y a du drame dans sa rupture avec Henriette, et les trois premiers tomes d'Histoire de ma vie ont l'aspect d'un grand roman - souvent, oui, érotique - d'apprentissage. Mais il est flagrant que cette vie n'est pas mise en scène à l'adresse d'un public ; elle n'est que racontée pour s'amuser, par un vieil homme qui décrit sa jeunesse à la manière d'une vaste comédie. Le courage du récit casanovien ne consiste donc pas simplement à faire reculer la pudeur ; il consiste surtout à remplacer en nous la question du jugement (est-ce bien ? est-ce vrai ?) par un plaisir commun, plus proche du rire que de la jouissance. Faut-il voir là une forme de libertinage soft ? A vrai dire, non, car la littérature ne se range pas comme les catégories d'un site porno, et Casanova n'aborde pas le sexe en consommateur. Il annonce plutôt une nouvelle forme de spiritualité, où le culte des sensations intenses détermine une éthique dont les détails restent à formuler. Dans le casanovisme à venir, il y aura d'abord un parfum délicat de féminisme. Casanova n'a pas seulement défendu, dans l'essai intitulé Lana Caprina, l'idée selon laquelle la différence entre hommes et femmes était principalement le fruit de l'éducation. Il a surtout pratiqué une manière de séduire qui ne se conçoit pas comme une entreprise de conquête. «Le séducteur de profession, écrit-il, qui en fait le projet, est un homme abominable, ennemi foncièrement de l'objet sur lequel il a jeté le dévolu. C'est un vrai criminel qui, s'il a les qualités requises à séduire, s'en rend indigne en abusant pour en faire une malheureuse.» En ce sens, Casanova n'a peut-être jamais fait de conquête : c'est toujours lui qui est conquis, lui qui se considère comme vaincu. On dira que cela ne va pas sans pose ; mais la réalité est qu'il considère ses anciennes amantes comme sa véritable famille, les accompagne et les soutient parfois pendant des décennies. A nouveau, ce qu'il conquiert n'est rien d'autre qu'un espace de partage. Et cela vaut aussi pour la parole : Casanova écoute et note les propos des femmes, marquises, paysannes ou danseuses, et les apprécie pour ce qu'elles disent. Cette attention, tout à fait singulière en un siècle où les femmes sont rarement éduquées et où l'ignorance est toujours moquée, dissout les différences sociales au profit de l'échange. En ce sens, la séduction alla Casanova montre que les rapports d'amour et de sexe peuvent se concevoir autrement qu'en termes de pouvoir. Casanova est l'anti-DSK, l'anti-Iacub, car il est aussi l'anti-Séguéla. Si la notion de réussite ne lui est pas étrangère, il méprise l'argent avec une superbe insolence et s'éloigne des libertins «roués» comme un gourmet évite l'indigestion. Il s'efforce, cahin-caha, de faire son chemin en toute précarité - ou, pour le dire avec ses termes, en dialogue avec la Fortune. Là est son actualité. Par une étrange boucle de l'histoire, nous commençons à peine à aborder le continent moral qu'il a exploré. Comme le note Gérard Lahouati, Casanova offre aux réflexions de l'avenir «une nouvelle perception des Lumières, dans le sens d'un hédonisme débarrassé de tout système, de toute pesanteur militante, de tout idéal collectif, de toute illusion sur la morale et sur l'inépuisable crédulité humaine, [des] Lumières qui se caractérisent par la sacralisation de la jouissance plutôt que par le combat anticlérical, par la transgression plutôt que par la confrontation avec l'autorité.» «Si, annonce-t-il, le XXe siècle a pris Sade au sérieux, le XXIe siècle ne tenterait-il pas de s'inventer une nouvelle figure tutélaire : l'écrivain Casanova ?»

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