Correspondances

Correspondance inédite (1760-1766)

Copies (Casanova gardait presque toujours une copie des courriers envoyés) de lettres retrouvées au chateau de Dux après la mort de Casanova :
A Louis de Muralt
Augrand vicaire, compte d'Aglié
A la Sérénissime République de Venise
A Pierre Iwanowitch Melissimo
A Monsieur le comte d'Orloff
A l'Acteur Soulé
Au comte Mosczinski
A monsieur le comte Schwerin
A Pierre Iwanowitch Melissimo

Correspondance inédite (1767-1772)

Suite du travail de Joseph Pollio et Raoul Vèze
Au prince Wenzel Kaunitz-Rietberg
A son Excellence le baron de Beckers, etc
Au comte Max Lamberg ou à Marco Dandolo, de Venise
A l'Illustrissime D. Pedro Rodriguez Campomanes
A Girolamo Zolian
Au comte Ricla
A Messieurs Odiffret et Cie à Avignon
A Gotzkowski
A Francesco  Grimani ou à l'un des deux frères Morosini ou à Girolam Zulian
A Franscesco Morosini
A l'Abbé Ciaccheri
Au Jésuite Roger Boscovitch
Au Marquis Francesco Mosca, à Pesaro
Au Prince Gaspard Lubomirski
Au baron Louis Bavois

La dernière amie de Casanova (1797-1798)

Lettres de Cécile de Roggendorf qui fut la dernière femme avec laquelle correspondit Casanova sans jamais l'avoir rencontrée.

Lettres de Maximilien Lamberg

Lettres du comte Maximilien Lamberg et de Pietro Zaguri, patricien de Venise ç Giacomo Casanova
Edition présentée et notes de Marco Leeflang, Gérard Luciani et Marie-France Luna. Aux éditions Honoré Champion Paris.

Giacomo Casanova Correspondance avec J.F. Opiz

L'intérêt de cette édition réside dans le fait que les lettres des deux protagonistes sont présentes :
De la lettre 1 à 31 (1788-1794) pour Casanova
De la lettre 1 à 29 (1788-1793) pour Opiz

Lettres de femmes à Casanova

Ces lettres de femmes ont été rassemblées par Aldo Rava et celles écrites en italien traduites par Edouars Maynial.
Premier exemple : lettre de Manon Balletti :
Je quitte leur ennuyante mélodie pour vous écrire, Monsieur, et pour décharger mon cœur; il est si plein qu'il n'en peut plus : il faut qu'il déborde. Vos mépris, que j'essuie depuis quelques jours et que je ne mérite en aucune façon, nie remplissent de douleur. Je ne les mérite ni ne les veux souffrir de qui que ce soit au monde, et encore moins de vous qui nie devez (si vous avez un cœur) tout autre sentiment. Expliquez-moi, je vous prie, l'énigme de votre conduite avec moi; elle nie paraît bizarre et même, si j'ose dire, outrageante, de la part d'une per­sonne qui, il y a quinze jours, nie faisait voir et m'assurait la plus fidèle tendresse. Mais enfin, je ne peux guère com­prendre comment quelqu'un qui a aimé puisse trouver du plaisir à faire et à voir souffrir quelqu'un pour qui il a eu la plus tendre affection? Car vous vous en apercevez bien que je souffre !
Pourquoi m'accabler d'indifférence? et même plus? Pourquoi?
Que vous ai-je fait? Hélas ! c'est la persuasion où vous êtes que j'ai pour vous tout autre sentiment qui fait que vous me traitez comme vous faites, et c'est ce qui prouve votre ingratitude et votre insensibilité. Oui,tout autre homme que vous, après les marques que je vous ai données de ma confiance et de mon amitié, m'aurait traitée tout différemment, sinon par amour, du moins par reconnaissance. Mais, hélas pourquoi vous fais-je des reproches? Sont-ils de saison? Ah non; en commençant une lettre, je m'étais proposé de ne vous en faire aucun; mais mon cœur saigne et il vous montre ses plaies. Qu'il est faible, ce coeur ! Mais ma raison et votre indiffé­rence sauront lui donner la force.
Je vous demande, Monsieur, pour votre dernière preuve d'amitié, que vous nie rendiez mes lettres, qui doivent avoir très peu de prix pour vous et qui sont pour moi de la dernière importance. A quoi vous seraient-elles bonnes, sinon qu'à vous reprocher un peu de dureté et à vous faire voir combien peu je la mérite? Vous aurez donc la bonté de me les rendre. Il vous sera plus facile alors d'oublier totalement la pauvre et faible créature qui les a écrites. Si vous avez encore quelque ménagement pour moi, vous nie les donnerez dans un moment où nous lie serons pas aperçus; je crois que ce soir après souper sera le montent le plus favorable. J'attends de vous, Monsieur, cette dernière complaisance, et je vous aurai une sincère obligation. Vous me direz ou vous m'écrirez ce que vous prétendez dire à maman pour justifier votre changement, qui ne doit pas manquer de lui paraître étrange. Mais il faut qu'elle le sache, car je sais qu'elle est disposée à parler de vous à Mine de M[onconseil] la première fois qu'elle ira; et il ne serait pas avantageux pour moi d'en parler, vos sentiments n'étant plus les mêmes. Je vous prie vous-même, Monsieur, d'être le juge de cela et de disposer de quelle façon vous vous y prendrez; je vous en laisse absolument le maître. Adieu, Monsieur, il y a assez longtemps que vous vous ennuyez à lire ma triste...

Deuxième exemple : lettre de madame du Rumain :
Ce 23 octobre 1759
Je suis ravie, Monsieur, d'apprendre que la lettre de M. de Choiseuil vous est parvenue, qu'elle a produit l'effet que vous désiriez; je vous avoue qu'elle m'a fait autant de plaisir qu'à vous; c'est un bien sensible de pouvoir obli­ger quelqu'un qui pense comme vous. S'il ne faut que vous souhaiter du bonheur pour qu'il vous arrive, vous pouvez en attendre un conforme à vos désirs; personne sûrement ne partagera plus que moi votre joie. J'espère que vos tra­vaux auront le succès que vous en attendez; et je vous assure que je serai ravie quand je verrai à Paris votre niche à demeurer; et que vous y serez heureux. Je profiterai alors de votre bonne volonté pour moi. Je vous prie d'être   persuadé d'avance de ma reconnaissance et des sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Monsieur,
Votre très humble et très obéissante servante, DU RUMAIN.
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Autre lettre de madame du Rumain :
Paris ce 8 janvier 1760
Les marques de votre souvenir m'ont fait, Monsieur, le plus grand plaisir du monde; je vous avoue qu'il eût été sans nuage si je n'avais pas trouvé dans votre lettre que votre absence est encore prolongée. Je la trouve en vérité bien longue; l'intérêt que je prends à ce qui vous regarde et l'espoir que vos projets auront réussi m'engagent un peu à la supporter patiemment. Je suis infiniment sensible, Monsieur, aux souhaits heureux que vous faites à nia fa­veur; vous me promettez du bonheur; je suis si accoutu­mée à croire ce que vous me dites que cette promesse me flatte. Que ne puis-je, en revanche, vous procurer tous les biens que vous méritez ! Vous ne douteriez pas alors de tout celui que je vous désire. Je voudrais bien, Monsieur, que vos affaires vous permissent de reprendre promptement le chemin de cette ville. Je vous attends avec impatience et me fais une fête, je vous assure, et vous réitère les assurances des sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Monsieur, Votre très humble et très obéissante servante,
Du RUMAIN.
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Autre lettre de madame du Rumain qui démontre combien elle l'estime et lui fait confiance :

Ce 8 juin 1760
M. Balletti m'a remis, Monsieur, votre lettre du 21 mai; j'ai été ravie de recevoir de vos nouvelles; elles ne sont pas cependant encore telles que je le désirais. Je vois avec plaisir que vous touchez à la victoire, mais que par les friponneries que vous avez essuyées, vous ne pouvez pas encore revenir ici. Ce dernier article nie fait beaucoup de peine; je sais cependant que vous n'auriez rien à craindre si votre malheureuse affaire de la lettre de change que l'on vous a niée pouvait finir. J'ai ouï votre avocat qui nie paraît avoir beaucoup d'esprit et de connaissance; il m'a assuré qu'il pourrait faire finir cette affaire et l'anéantir même comme lion avenue, s'il avait cent louis. Vous ne pouvez croire, Monsieur, combien j'ai regretté de ne pou­voir lui donner cet argent. Mais il me semble vous avoir ouï dire que vous avez ici bien des débiteurs; ne serait-il pas possible d'en tirer cette somme ou ne pourriez-vous pas la faire passer ici? Cette affaire finie, je suis très persuadée que vous pourriez revenir sans crainte (i). La saisie quel'on a faite de vos papiers, qui a constaté votre innocence, doit, ce me semble, vous rendre tranquille, et d'ailleurs on est toujours plus à portée de la justice présent qu'absent. Le refus que M. d'Affri vous a fait du passeport n'a été fondé que sur des préventions que l'on prend depuis long­temps légèrement sur les personnes qui vont au pays étran­ger pendant la guerre; niais comme il n'y a pas en la moindre preuve contre vous et que vous avez été persécuté assez longtemps pour que l'on ne vous eût pas laissé libre si la rumeur publique que l'on a faite n'eût pas été à votre avantage, je crois que si vous n'aviez que cette crainte, elle serait mal fondée. Je crois que le plus pressé à présent est de tâcher d'avoir les cent louis nécessaires pour apaiser l'affaire de la lettre de change, attendu que, quoique vous ayez affaire à un fripon, vous n'avez rien pour le con­vaincre en justice. Je ne peux vous exprimer, Monsieur, combien je désire la fin de vos malheurs et que le sort soit plus équitable à votre égard. Votre avocat m'a promis de m'informer des démarches que je pourrai faire pour vous assurer la fin de votre affaire; je m'y prêterai, je vous assure, avec tout le zèle possible. Vous devez savoir mieux que personne ce que vous pouvez espérer. Consultez l'oracle; j'espère qu'il vous sera favorable. Mandez-moi ce que vous saurez; donnez-moi de vos nouvelles et soyez persuadé de l'intérêt bien sincère que je prends à tout ce qui vous regarde.
Du RUMAIN.

Lorenzo da Ponte - mémoires - 
lettres inédites de Lorenzo da Ponte à Jacques Casanova

Bruxelles, 18 juillet 1793. Carissimo amict,
Vous me devez des réponses à quatre lettres ; je ne comprends pas comment un homme si exact me néglige à ce point. Comme vous le voyez, je vous écris de Bruxelles : je vous envoie un rapport qui vous mettra au courant. Audaces fortuna juvat. J'ai quelque espoir, mais j'ai besoin aussi d'être aidé. Je suis ici depuis huit jours, el je fais des dépenses 1 En ce moment je suis obligé d'implorer instamment les faveurs du Comte et l'aide de mon ami Casanova. Tout retard serait fatal, car je suis sans le sou, et par prudence je laisse croire que je suis riche. Les familles Aremberg, Meternich, Ligne et Rohan me protègent ; mais malheur si elles apprenaient que je suis pauvre.
J'ai réuni 140 souscripteurs, il m'en faudrait 300, et je les aurai si le Comte me prêle 200 florins, que je lui rendrai sans faute dès que mon entreprise aura réussi. Je vous prie, je vous conjure, je vous supplie, et au besoin je vous menace.
Mardegani ne m'a encore rien envoyé. Quelle honte 1 Je lui ai adressé un billet pour Harris qui est en affaires avec la maison Thum de Prague. Si tout va bien j'irai vous embrasser, et ma chère Nancy, qui par Dieu vaut un royaume, viendra avec moi. J'attends la réponse, envoyez-la par la poste en hâte, en seize jours je peux recevoir les subsides.
Vous savez déjà que Condé a été pris, et que Valenciennes est sur le point de capituler. Hier on a vidé deux mines où il y avait plus de 12.000 livres de poudre. La garnison a voulu capituler, mais en vain. Gardons quelque espoir.
Je cours à travers la ville comme un cerf ad fontes aquarum.
Ne lardez pas à m'envoyer une lettre de change, je vous prie. Je vous écris en grande hâte ; dès que je saurai quelque chose de précis, je vous récrirai.
Aimez-moi ; baisez pour moi les mains du Comte et croyez-moi
Votre ami très cordialement affectueux
DA PONTE.
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Londres, 2 avril 1793.
Signer Giacomo stimatissimo,

Lorsque vous recevrez cette lettre, le Comte sera sans doute arrivé à Dux. J'attends anxieusement des nouvelles, car j'espère apprendre que vous aurez obtenu toute satisfaction, comme il me l'avait promis, au sujet des ignobles insolences du Bourreau'. Ecrivez-moi donc et dites-moi tout avec précision. Vous apprendrez par le Comte lui-même tout ce qui me concerne. Il n'était pas ici très à son aise, aussi je n'ai pas tiré grand profit de son amicale courtoisie ; peut-être, si vous voulez bien agir auprès de lui habilement, réussirez-vous à obtenir pour moi de loin un secours qu'il n'a pu me donner de près. Deux cents florins sont une bagatelle pour lui, et pour moi ce serait en ce moment un véritable trésor. J'ai de très belles espérances pour l'an prochain. Le Prince Lichtenstein, prêt à tout pour m'être agréable, sauf à ouvrir sa bourse, me présentera au Duc de Bedford, qui sera chargé du théâtre italien et me facilitera l'exécution de mes projets. En attendant je ne gagne rien, et j'ai une demi-guinée par jour pour vivre. Je ne veux pas être professeur de langue, parce qu'ici la profession est déshonorée par une centaine de vils individus. J'ai vendu et engagé bien des choses, et j'ai pu ainsi me tirer d'affaire pendant cinq mois ; aujourd'hui il faut que j'aie recours aux amis.
Où sont-ils ? Je n'ai plus que mon cher Casanova : mais il en vaut mille. Au travail donc. Le Comte est très généreux quand on sait le prendre, et nul ne le peut mieux que vous. Je m'engage à restituer avant un an. Je n'en dis pas davantage parce que intelligente pausa.
Il a laissé ici un domestique et ses chevaux; voilà qui peut faciliter l'expédition. D'ailleurs une petite lettre de change dans une lettre fera le même effet. Avec cet argent je pourrai réaliser quelques pro­jets, et surtout l'impression de quelques traductions qui doivent plaire actuellement. Lisez mes sonnets écrits pour le roi de France, et donnez-moi voire avis. Le quatrième, le sixième, le septième et le dernier ont plu beaucoup à Londres.
Ma gazette ne paraîtra pas à cause des frais ; on ne saurait croire combien il coûte cher d'imprimer ici.
Badine, poète du théâtre, a écrit une satire contre moi. Elle n'a pas encore vu le jour, mais j'en ai lu quelques quatrains ; voici le plus beau :
0 voyez quelle erreur 1
Cette bestiasse ne sait pas
Comment se forme un prétérit,
Bien que toujours il le porte sur sa figure.
Il a lu dans ma poésie, un prétérit benedio, et il le critique avec un charme... Nous verrons la suite.
Je suivrai vos conseils scrupuleusement, sauf sur la question de l'enseignement des langues tant qu'il me sera possible. Cette profession est actuellement exercée par des valets de chambre, des cordonniers, des bandits, des sbires, etc, etc., qui travaillent pour dix sous, un Schelling, et quelquefois pour un verre de bière. Dois-je donc me mettre au rang de cette bande pire que les lazzaroni de Naples?
Casti a enfin réussi à être nommé poète impérial avec trois mille florins de traitement. Hoc erat in votes. Maudite politique. J'ai été victime de ses intrigues. J'ai écrit un livre qui ferait fortune, mais nondum vent hors sua.
Ma chère Nancy vous envoie ses respects et vous embrasse. Elle va bien ; c'est une bonne épouse, quand elle n'est pas méchante. Elle m'aime, et je suis heureux de pouvoir faire son bonheur.
Je vous prie de ne pas oublier l'affaire de ma bourse.
Veuillez répondre point par point à toutes mes lettres Ne m'en­voyez plus de lettres avec suscription. Rappelez-vous que le teintu­rier de Prague s'appelle Mardegani, et qu'il doit avoir reçu ma bourse, qui contient !!...
Aimez-moi, croyez-moi tout vôtre et écrivez-moi bientôt.
Votre ami très affectueux

DA PONTE.